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L'actualité de la HEG-FR

« Le mythe de Mozart est trompeur » interview de Rico Baldegger

30 nov. 2018

Il suit les startups suisses depuis des années: Rico Baldegger est directeur de la Haute école de gestion Fribourg et dirige chaque année la publication du Global Entrepreneurship Monitor Switzerland (GEM). En Suisse, il y a quelque 300 startups sont créées chaque année. Parallèlement, plus de 40 000 nouvelles entreprises ont été fondées en 2017.

Les Suisses sont-ils naturellement des entrepreneurs, Monsieur Baldegger?

Nous affichons un taux de création d’entreprises élevé par rapport aux pays voisins. C’est réjouissant, car les personnes qui s’installent à leur compte veillent au renouvellement du tissu économique. Mais si l’on prend en compte d’autres pays – par exemple les États-Unis ou les États baltes – nous sommes moins bien placés. La proportion d’entrepreneurs y est beaucoup plus importante.


Est-ce à cause des conditions-cadres, comme on le dit souvent?

Non, le cadre réglementaire et fiscal de la Suisse est de premier ordre. Mais j’identifie deux lacunes. D’abord, il manque de structures destinées aux entrepreneurs qui ne font de la haute technologie. Ensuite, nous ciblons essentiellement les jeunes alors que des personnes d’autres classes d’âges aussi lancent des entreprises.


Parlons de l’âge des créateurs d’entreprises. Sur quoi basez-vous votre diagnostic?

Pour le Global University Entrepreneurial Spirit Students’ Survey (GUESSS), nous avons interrogé des diplômés et des professionnels cinq ans après l’obtention de leur diplôme. Dans le premier groupe, 5,4 % ont exprimé l’intention de devenir entrepreneurs; dans le deuxième groupe, le chiffre était cinq fois plus élevé, soit à peu près 30 %. L’envie d’entreprendre augmente avec l’expérience. Le Global Entrepreneurship Monitor (GEM) Switzerland le montre également: seuls 15,8 % des 18–24 ans interrogés voient des opportunités entrepreneuriales dans leur environnement. Le chiffre pour les 35–54 ans grimpe à 49,9 %. J’en déduis que nos programmes de financement, qui se déploient surtout autour des universités et hautes écoles visent en fait le mauvais groupe d’âge. Le mythe du jeune génie entrepreneurial, du type Mozart, est trompeur. Les Hautes écoles spécialisées (HES), en particulier, proposent également des formations CAS et des masters à temps partiel en entrepreneuriat... Ces cours sont relativement coûteux. En Suisse, le bachelor et le master sont pratiquement gratuits, tandis que la formation continue coûte de l’argent. Si on fait les calculs, il vaut mieux recourir à l’offre des études standard pour se former, même si elle se présente tôt dans un parcours individuel.


Vous avez parlé des entreprises non technologiques. Qu’est-ce qui pourrait être amélioré dans ce domaine?

De nombreux programmes privés et publics ont un effet d’entraînement sur le transfert de connaissances et de technologies. Mais il existe également des opportunités de business en dehors des TIC et des sciences de la vie.


Ces entreprises hors de la haute technologie présentent-elles un potentiel de croissance intéressant?

Absolument! Je prends l’exemple du «franchising». Aux États-Unis, les entrepreneurs du secteur des services et du commerce utilisent ce concept pour bâtir des entreprises génératrices d’emplois. Chez nous, par contre, les possibilités du «franchising» restent dans l’ombre. C’est probablement dû à notre aversion pour tout ce qui est sériel et standardisé.


Comment encourager les gens à devenir entrepreneurs?

Il faut leur montrer ce que cela signifie vraiment de diriger une entreprise. A la Haute Ecole de gestion Fribourg, nous essayons de restituer la réalité entrepreneuriale. Au premier semestre 2019, nous lancerons par exemple un master «négociations entrepreneuriales».


Que peuvent faire des tiers, comme les politiciens?

Je n’en appelle pas à la politique. Je considère que les universités et leurs anciens étudiants constituent les principales ressources. Aux États-Unis, les universités gèrent et soutiennent efficacement de vastes réseaux d’anciens étudiants. Dans cette population, on trouve des entrepreneurs, des managers et des investisseurs qui ont réussi. Ils forment précisément le filet nécessaire à un entrepreneur durant les premières années. Je suis absolument certain que la Suisse dispose encore d’un énorme potentiel caché dans ce domaine.

Interview: Jost Dubacher

 

La Suisse – les start-ups en chiffres

Les jeunes entreprises technologiques ont le vent en poupe. Jusqu'à récemment, leurs secteurs d'activité, leur vitesse de croissance et leur nombre d’employés restaient toutefois un mystère. Mais une étude du portail d’informations en ligne Startupticker.ch, en collaboration avec la Faculté des HEC de l’Université de Lausanne est venue faire la lumière sur ce phénomène.

Il faut montrer aux futurs entrepreneurs ce que cela signifie vraiment de diriger une entreprise. A la Haute école de gestion Fribourg, nous essayons de restituer la réalité entrepreneuriale.

Rico Baldegger, Directeur

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