​Fintech et le monde bancaire : le grand défi? - HEG Magazine

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​​​​Prenez le mot « Fintech ». Ajoutez-y « Blockchain », « Cryptoassets » ou encore ICOs (pour Initial Coin Offerings) et vous aurez certainement capté l’attention d’une grande partie de vos lecteurs. 

Fintech à lui tout seul est un mot magique. Synonyme pour beaucoup d’une profonde transformation, d’un nouveau paradigme, d’un changement radical du secteur financier, de la mise à mort de nombreux établissements bancaires ... et que sais-je encore ! Mais sera-ce le cas ? Bien malin qui pourra le dire ! Laissons cependant la futurologie aux futurologues, car il est bien connu que « la prédiction est très difficile, surtout si elle concerne l’avenir » . 

Que sont donc ces Fintech ? 

Le terme regroupe des sociétés jeunes et pour la plupart de petite taille, à l’exception de quelques « unicorns » , qui utilisent les avancées technologiques les plus récentes pour développer et vendre de nouveaux services, de nouvelles solutions ou de nouveaux produits financiers ... Une concurrence directe pour le secteur financier et les banques en particulier ? Une menace donc ? Pas nécessairement. Il faut d’abord se souvenir que les appelés sont nombreux mais qu’il y a peu d’élus. La très grande majorité des Fintech d’aujourd’hui auront disparu demain. Elles auront été absorbées ou elles auront mis la clé sous la porte, faute de clients. Il faut ensuite remarquer que toutes les Fintech ne cherchent pas à concurrencer les banques. Au contraire ! Elles en vivent ou en vivront en tous les cas. Leur objectif est de proposer des solutions aux banques et non de les voir disparaitre. D’autres, il est vrai, se présentent en réels concurrents. Elles entendent prendre des parts de marché. Des exemples ? Les plateformes de « crowdinvesting » ou de « crowdlending ». Ces dernières proposent à leurs clients d’investir dans des projets en devenant respectivement soit des actionnaires soir des créanciers. Clairement, une activité qui concurrence de front celle des banques d’investissement. Les « robo advisors » peut-être ? Offrant des solutions entièrement automatisées, vous pouvez maintenant investir votre épargne dans les marchés financiers et bénéficier d’un service professionnel sans avoir besoin de recourir aux conseils, payants bien entendu, d’un expert financier. 

Ces nouveaux acteurs vont-ils transformer le paysage bancaire ? 

Une fois encore, l’avenir nous le dira. Soulignons cependant que le monde bancaire n’est pas un monolithe qui a traversé les âges, inaltéré. Les banques ont connu au fil des décennies et des siècles des changements importants et elles continueront à en connaître. Il est d’ailleurs peu probable que le paysage bancaire à la fin de ce siècle soit celui que nous connaissons aujourd’hui. Rappelons aussi que le rôle principal exercé par ces établissements est celui de la transformation. Transformation dans l’espace tout d’abord, et sur ce point, il est vrai que les récents développements technologiques mettent à mal les marges bénéficiaires. Transférer l’argent d’un point A à un point B est devenu « monnaie courante » en quelque sorte. La concurrence est vive. Transformation dans le temps, ensuite, que l’on comprend mieux en se référant par exemple aux activités de crédit. Ici aussi, nous trouvons de nombreux concurrents, de petites Fintech aux grandes compagnies. 

Mais dans ce cas, ces mêmes établissements ne sont-ils pas devenus des « banques » ou, et plus simplement, ne sont-ils pas en train de remplir la plus importante des fonctions économiques que doit satisfaire la finance et la banque en particulier, à savoir la capacité d’allouer du capital en prenant soin d’éliminer le plus possible les mauvais payeurs, les futures faillites, les cas de remboursements partiels et tardifs ? En d’autres termes, en prenant soin d’atténuer le plus possible les méfaits liés à des problèmes d’asymétrie d’information. En effet, entre le demandeur de fonds et celui qui est disposé à prêter, la qualité d’information ne peut pas être la même. Traiter de ces problèmes et en atténuer les méfaits exigent de l’expertise. De la même façon qu’un mécanicien est à même de reconnaître la bonne occasion de la mauvaise voiture, le banquier doit être à même de reconnaître le bon emprunteur du mauvais payeur. Cette expertise s’acquiert par l’éducation et par le travail. 

Il est donc possible que le paysage bancaire se transforme radicalement. Il est toutefois peu probable que le métier de banquier disparaisse. Quel que soit le nom ou le label que l’on voudra lui donner ou même quelle que soit la façon avec laquelle il s’exercera, et l’on pensera ici aux effets induits par le « Big Data » et le « Machine Learning », le métier n’aura pas disparu et les besoins en formation seront encore présents. 


 

A propos de l'auteur

Nils Tuchschmid est professeur et directeur de l'Institut de Finance de la Haute école de gestion Fribourg (HEG-FR). Avant de rejoindre la HEG-FR, Nils Tuchschmid était associé et responsable des stratégies de trading tactique chez Tages Group. Auparavant, il était co-responsable de l'équipe Alternative Funds Advisory chez UBS et responsable des portefeuilles multi-gestionnaires chez Credit-Suisse. Titulaire d'un doctorat en économie de l'Université de Genève, il a publié de nombreux articles et travaux de recherche, notamment sur la gestion et l'allocation d'actifs, les placements alternatifs et la mesure des performances.

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